Fable à la manière de Garcia Marquez ….

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                    Ces enfants connaissaient cette plage par cœur, tellement bien qu’ils pouvaient la parcourir les yeux fermés même en courant. C’est d’ailleurs ce que faisait le plus jeune d’entre eux le jour où il trébucha sur le corps de ce petit garçon. Le nez dans le sable, il se releva tant bien que mal et fit face à ses camarades. Ses amis étaient penchés sur le petit corps recroquevillé. L’enfant était âgé d’environ trois ans, son petit t-shirt rouge et son jean étaient en lambeaux. Il avait le visage plongé dans les vagues et l’écume perlait dans ses cheveux bruns. Les gamins entreprirent de le sortir de l’eau et l’allongèrent sur le dos dans le sable. Aucun d’entre eux n’eut besoin de plus de temps pour comprendre que l’enfant faisait partie de ces migrants dont tout le monde parlait dans les villages alentours. Le plus âgé du groupe courut à toute vitesse jusqu’à leurs maisons et apparut en compagnie des hommes quelques minutes plus tard. Ils soulevèrent l’enfant sans trop s’attarder sur la plage et prirent le chemin de leur village.
Ils arrivèrent quelques minutes plus tard, le chef tenait serré contre lui le jeune garçon et le confia à sa femme. Il réunit tous les habitants afin de leur expliquer ce que les enfants lui avaient raconté et ce qu’il comptait faire du corps de ce petit être. Les femmes ne pouvant se résigner à l’abandonner sans prendre soin de lui emmenèrent le gamin dans une de leur maison pendant que les hommes continuaient à débattre du sort de cet enfant. Elles entendirent les maris de certaines  proposer de le remettre à l’eau pour qu’il « reparte chez lui », d’autres proposer de l’enterrer dignement. La plus âgée des femmes ferma la porte quand les premières disputes éclatèrent depuis la place du village.
Les jeunes femmes avaient récupéré les vêtements de leurs enfants et retiraient ceux du petit naufragé. Pendant qu’elles le lavaient assises en rond, elles pensèrent à la vie de cet enfant dans son pays et à tous ces migrants dont elles entendaient les cris chaque nuit quand les vagues retournaient leurs frêles embarcations. Elles l’imaginèrent, rentrant de l’école en évitant les bombes, s’endormir le soir bercé par les coups de feu incessants. La guerre les avait privés de toute humanité et ces carnages n’avaient aucune raison d’être. Et ce petit ange, éternellement endormi devait avoir vu et vécu tant d’horreur. Là-bas, quelque part, de l’autre côté de cette étendue bleutée, se trouvait un pays où des enfants, des femmes, des familles vivaient plongés perpétuellement dans une terreur insoutenable où des monstres les assassinaient.
Quelques heures plus tard, quand elles sortirent enfin de la maison dans laquelle elles s’étaient enfermées, les hommes n’étaient toujours pas parvenu à prendre une décision. Un long silence se fit quand le plus jeune d’entre eux jugea préférable de ne pas s’en mêler. D’après lui, le village était déjà pauvre et ne pouvait pas accueillir les migrants. Ils ne pouvaient pas recueillir tous ces maudits « envahisseurs » volant leurs terres. Ils n’étaient pas des leurs. Eux, vivaient heureux et loin de la guerre, ils n’avaient pas besoin de s’occuper de ça. Le chef conscient de l’importance de prendre une décision rapide proposa un vote à main levée.
Il fut donc décidé qu’il serait enterré au pied des falaises escarpées et qu’un autre village serait construit au dessus de sa tombe pour héberger ces êtres humains loin de la guerre, loin de la mort, loin de la peur. Il fut décidé qu’un homme serait posté la nuit et aiderait les migrants à rejoindre le rivage. Bien sûr, ces décisions ne firent pas l’unanimité et il y eut encore beaucoup de discutions animées sur la place du village. Certains hommes ne changèrent pas d’avis et refusèrent catégoriquement d’aider le moindre étranger.  Il faut croire que certains êtres humains sont dans l’incapacité de changer d’avis et de faire preuve d’humanité, pensait le chef dès qu’il était témoin de ce genre de situation. Et il s’éloigna en pensant que les hommes devraient s’entraider dès que possible.

Léa 3 E

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